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MOUSTIERS 2002
Je pars avec Samir, Nathalie et leurs deux enfants Sarah et Elias. Je
suis seul dans ma bonne vieille R11. J’embarque une partie des affaires
de la petite famille. La voiture est chargée comme une mule. Les
sacs de parapente prennent beaucoup de place, sans compter les caisses
de nourriture et le matériel de camping.
Top départ de Nancy. Première étape : Dijon chez
Ahmid et Lydie, amis de Samir. Ils font rôtir le méchoui
que l’on déguste avec les voisins. Nos hôtes nous gardent
un jour de plus. Le temps de digérer et de faire une petite visite
des sites dijonnais. Les parapentistes locaux ont de la chance : il y
a des sites au bord de la ville. Nous en découvrons un. Les cross
sont fréquents. Les conditions du jour sont trop fortes pour les
parapentes. Deux deltas partent.
Le sud nous attend. Avant Moustiers et les Alpes de Haute Provence, nous
ferons un crochet dans l’Hérault voir Pierre chez qui nous
passerons d’agréables journée au bord de la piscine
et à visiter les villages pittoresques du bord de mer.
Départ pour Moustiers :
Sur une aire d’autoroute, la R11 refuse de démarrer…sauf
si on la pousse. La batterie est à plat. Dans l’heure qui
suit, celle de Samir présente des signes de faiblesse. Nous nous
relayons pour pousser les deux voitures. On évite au maximum de
s’arrêter. Et c’est quand on pense à caler que
ça arrive. Comme l’atterrissage en parapente, si tu regardes
l’arbre, tu vas droit dessus !
A Nîmes, je m’arrête chez un détaillant auto
pour acheter une nouvelle batterie, content d’avoir pu identifier
le problème et d’éviter de passer par un garagiste.
Mais, j’inverse les 2 pôles en la remontant. Fumée…Alternateur
HS…m’apprend le dépanneur que j’ai alerté
par la suite. Après plus de 4 heures d’attente dans un garage
à passer de multiple appels à mon Assurance/Assistance,
on se rend compte que la situation est bloquée. Pas de véhicules
de prêt disponible. Je dit à Samir de partir, je me débrouillerai
bien tout seul pour les rejoindre à Moustiers. Nous mettons le
maximum de bagages dans leur voiture. Mais il m’en reste encore
beaucoup trop. Ils partent. Je fais alors un tri. L’essentiel ?!.
Je laisse table de camping, chaises, matelas gonflant tout juste acheté
(je dormirai donc à la dur…) etc. Je vais partir avec mon
parapente, 3 caisses de nourriture et matériel divers, mon gros
sac de sport contenant mes affaires plus un petit sac à dos. Manu
Bonte fait bien mieux ! Je suis seul, je suis à pied, je suis en
banlieue de Nîmes. Pourquoi ne pas prendre le train. J’appelle
un taxi direction la gare. La voiture restera au garage, je la récupérerai
réparée à la fin des vacances, non sans avoir payé
une facture de 1500 frcs ! Bravo le bricoleur du dimanche.
Le chauffeur m’aide à embarquer les 60 kg de matos. A la
gare, je réalise mon inconscience, impossible de tout transporter
seul. Chaque chose en son temps. Je fais des allers/retour pour amasser
mes affaire près du guichet. Une bonne surprise m’attend.
Le voyage durera 8 heures pour faire…moins de 200 km jusqu’à
Dignes, 3 correspondances de nuit. Mon train ne part que dans 4h. Je fume
et bois du café en cogitant. L’idéal serait un diable
pour transporter les caisses. Je rêve ? Non, une petite fée
m’a entendu. Un habitué des gares vient à ma rencontre
et nous commençons à papoter. Je lui explique mon problème.
15 minutes plus tard, il revient avec… un vieux diable et 3 tendeurs.
Ca traînait chez lui. Je lui donne 5 euros et vais lui acheter un
paquet de cigarettes. Merci mon sauveur ! Il me parle avec passion de
son métier de palefrenier, de ses galères à Paris,
de son enfance difficile, de son amour de Marie, de la douceur du climat
nîmois, de sa résilience, de musique blues. Il sort un harmonica.
Il me jouera ses morceaux préférés et me tiendra
compagnie jusqu’à l’arrivée du train.
J’embarque non sans difficultés. Les caisses passent très
mal à travers le couloir. Impossible de m’asseoir. Trop de
monde. Je resterai dans l’entrée durant tout le trajet. A
minuit, premier changement. Je passe d’un quai à l’autre
par les escaliers souterrains en faisant plusieurs allers/retour. Je n’ai
pas le temps d’admirer Narbonne. Sur le moment, je n’ai pas
percuté. C’est à deux heures du matin que je découvre
ma plongée dans le surréel. Le train s’arrête…à
Nîmes. Je n’ai pas la berlue, c’est bien ce qu’indiquent
les panneaux. Je comprends mieux la lenteur de la personne au guichet,
elle débutait et s’est trompée, je comprends mieux
la longueur du trajet. Quant à moi, je peste de n’avoir rien
remarqué. A 2 heures du matin, mon voyage n’aura donc pas
avancé d’un seul kilomètre, j’ai fait Nîmes/Narbonne/Nîmes.
Et le train repart. Dans le couloir, une nuée de jeunes vacanciers
n’arrêtent pas de passer et repasser. Je comprendrais mieux
le manège quand je verrai les contrôleurs eux aussi faire
des allers et venues. On me prend pour le commerçant ambulant.
Toute ma nourriture est visible. J’ai beau expliquer que j’en
ai besoin plus tard, un individu me lancera un regard noir. L’estomac,
ça rend les gens nerveux. J’essaye de dormir mais le boucan
est infernal. La lumière crue me tient éveillé tandis
que les volutes de haschich consommée sans modération à
mes côtés m’endort doucement. J’ai l’impression
d’être dans un shaker !
Deuxième escale au milieu de la nuit, au milieu de nulle part.
Une minuscule gare de campagne. J’ai deux minutes pour tout débarquer.
Le train s’immobilise. Lorsque j’essaye d’ouvrir la
porte, celle-ci refuse d’obtempérer. Je m’y prends
mal ou quoi ? Non, le système est vérrouillé. Je
suis le seul à vouloir sortir. Plus qu’une minute. Je ne
réfléchis plus, je veux aller à Dignes ! J’essaye
la porte côté voie ferrée. Elle s’ouvre. Je
jette un coup d’œil et balance tout dehors. On me regarde,
incrédule. Exténué, je pose mon dernier sac sur le
quai. Au moment où je me hisse dessus, j’entends un bruit
de corne. J’ai à peine le temps de me retourner qu’un
train passe à fond de turbine. Le souffle me rejette en arrière.
C’était juste…Le chef de gare que j’interpelle
m’explique que les trains qui ne s’arrêtent pas dans
la gare ne décélèrent pas. 150 km/h je crois…De
quoi être littéralement pulvérisé en cas de
collision. J’ai commis une grave erreur qui tue chaque année
plusieurs personnes. Il me dira qu’en cas de non ouverture de la
porte, il faut tirer la sonnette d’alarme. Le train ne repart pas.
On vous fait descendre, sans pv puisque c’est de leur faute. Je
prend ensuite un petit train non sans me faire copieusement engueuler
par un énervé du sifflet qui me dit que je suis trop lent
à monter tout mon bazar, que je ne suis pas dans les règles
car j’ai dépassé le quota de bagages. Je me retiens
de lui faire avaler sa lampe de quai.
Le jour se lève, mon dernier trajet jusqu’à Dignes
se fera en bus. Il me dépose à la gare de Dignes Les Bains,
charmante place. Je prend un café au distributeur. Je me pose au
soleil admirant les montagnes. Je m’endors. Il est 8h. Livier et
Vincent qui sont venus me chercher en voiture me réveilleront.
Moustiers, nous voilà !
Et Moustiers, c’est comment ? Magnifique. La petite ville en vieille
pierre construite à flanc de montagne vaut déjà le
détour. Un grand lac à côté lui donne des airs
annéciens. Au-dessus, un large plateau semi désertique où
se trouve le gîte de Venascles et non loin notre camping. Domine
une immense barre rocheuse d’où nous pouvons décoller
et où s’étendent des champs de lavande qui dégringolent
jusqu’ à nos pieds comme des coulées de lave mauve.
Lorsque j’arrive, le camping est déjà en place. Pascal
Chatelier a déployé des trésors d’énergie
et ramené un matériel incroyable. Sous l’unique et
grand noyer qui se trouve sur un champ tout blond, une tenture nous protégeant
du soleil a été fixée. Des tables et chaises ont
été disposées dessous. A côte, un superbe âtre
qui ressemble à un énorme cairn nous permet de stocker de
la nourriture au sec dans sa partie supérieur et de faire des grillades
pour 20 personnes. Une grosse tente non loin abrite deux frigos et les
multiprises électriques. Les tentes de chacun sont disposées
autour. Le champ juste en dessous nous sert d’atterrissage lorsque
nous décollons de la barre rocheuse au Mont Denier. Royal !
La veille, les premiers arrivés auront fait un vol du soir. On
reconnaît les acharnés ! Même après 10 h de
route.
Lorsque j’arrive, certains sont au déco du Mt Denier. Sous
l’arbre, dans le hamac, je les contemple à la jumelle prendre
leur envol. Ce n’est pas hyper thermique. D’ailleurs, nous
n’aurons pas tout au long de notre séjour des conditions
explosives à faire péter les plafonds.
Mais cela permettra à tout le monde de voler. Les rotations de
navette n’arrêteront pas. Increvable camion qui avale des
sentiers défoncés et ravinés par les eaux. Merci
tout particulièrement à Jean, qui malgré son bras
cassé est venu à Moustiers et a assuré la plupart
des montées aux décos sans que l’on lui demande quoi
que ce soit. Une crème.
Il y en plein des bons gars dans le club ! Finalement, tout le monde
a participé aux différentes tâches du camping (et
c’est pas évident avec plus de 20 personnes). Certains se
sont mêmes fait des spécialités : Vincent à
la cuisine, Livier et Samir donnant de leur temps à débriefer
les nouveaux, Pascal qui a assuré l’intendance, Nathalie
et Anne-marie qui étaient toujours présentes pour améliorer
la gestion et le fonctionnement de tout ce petit monde…et j’en
oublie !!!
Le dimanche soir, c’est déjà la fête. Michel
ouvre une malle. C’est quelque chose ! Boomerang phospho, boules
et quilles de jonglages, bâton du diable, diabolo, accordéon…Les
flammes jaillissent des quilles trempées dans l’essence,
les boomerangs fusent comme des ovnis dans la nuit, transportés
au son de la musette, c’est la java sous le noyer.
Lundi, les vols reprennent de plus belle. Mais tout le monde retourne
sur le plancher des vaches à la vue d’un cunimb. Très
gros orage. Coupure d’électricité. Ma tente est inondée
(faut faire attention que le double toit ne soit pas en contact avec la
tente !). On videra une dizaine de litres. Toutes mes affaires sont trempées.
On voit une camionnette EDF sur le sentier. Courant rétabli quelques
heures plus tard. Des pros les gars.
Michel Mangin sort de sa « camionnette caverne d’Ali Baba
» un buggy fait par ses soins. Couplé au cerf-volant de traction
fabriqué par Stéphane, c’est du surf entre air et
terre. Par manque de vent, nous n’avançons pas vraiment.
Pas grave, nous sommes les rois du détournement. La nuit, Etienne
trouve un drôle de jeu. S’engager dans une pente sur le buggy
et s’élancer à la frontale. Il n’y a pas de
freins et la direction se fait au pied. Les paris montent et chacun y
rajoute des mètres de descente supplémentaires, la vitesse
s’accroissant d’autant. Les gamelles à l’arrivée
pleuvent sous le noyer. Le test ultime de résistance du buggy fut
conclu le lendemain. Vincent a trouvé le point faible. Après
une descente vertigineuse, nous avons trouvé son arrivée
étrange. Normal, l’engin s’est divisé naturellement
au point de soudure.
Mardi, réveil à 8h pour la plupart et première navette.
Décollage du Mont Denier. Ils volent avec les vautours ! Parfait
pour l’indication des thermiques. Les charognards sont majestueux
en vol et parfaitement placides. Escorte de luxe. Le posé en fin
de matinée s’effectuera à l’atterro du gîte
de Venascles. 10 mètres à marcher ! Attablés sur
la terrasse, nous sirotons quelques bières et en profitons pour
remplir nos estomacs. Le vent tourne. Des gros cums se développent.
Gros orage. L’après-midi est consacrée à une
sieste. Nous verrons arriver Ludo avec le vtt de Pascal. Lui aussi a testé
la résistance…des chambres à air. Il se sera offert
une bonne ballade : il est descendu du Mt Denier. En camionnette, il faut
une bonne demi-heure pour y accéder.
Après l’accalmie, Vincent fait des gonflages sur une pente
douce. Les enfants s’amusent sur les bottes de foin. Nous décidons
de marcher jusqu’au déco de Courchon qui domine la vallée
et surplombe Moustiers. Nous ne volerons pas. Le soir, l’omelette
au jambon de pays et le taboulé confectionné par Vincent
(sans parler du vin et de la vodka !) nous fera faire de beaux rêves
sous les tentes.
Mercredi : Une journée d’enfer !
Jean assure les rotations comme un hélico de secours dès
8h du mat : le temps est de la partie.
3 vols effectués le matin dans des conditions variables : les cums
sont chargés et commencent à aspirer sérieusement
en fin de matinée. Après m’être fait claquer
la veille en haut de la barre dans une zone sous le vent et avoir fait
« Jésus Christ sur sa croix » debout dans la sellette
aux oreilles (on me décernera le prix de la plus grande descente),
je remets ça… Mais cette fois, je tente une descente aux
B. Le noir au-dessus de moi ne plaît pas et je n’arrive pas
à descendre assez vite. Ca marche mieux que je ne le pensais !
Je perds plusieurs centaines de mètres à –6 secondes
d’après le vario que l’on m’avait prêté.
Atterro pour tous au gîte de Venascles. Déjeuner pris.
L’après-midi, 3 congestus sont en formation : dégénéreront,
dégénéreront pas ?
Trop près du mont Denier, le déco de Courchon par contre
semble volable : une fenêtre s’ouvre au-dessus malgré
une armada de bons gros cumulus qui pointent à l’horizon.
Ils se désagrègent partiellement.
Pourtant, les conditions semblent fortes.
Malgré tout, Jean-Michel, Etienne et Julien décident de
partir. Bien vu, ils enroulent à peine et se retrouvent déjà
très haut puis dérivent en direction du lac où ils
posent sur la plage. Banco !
A l’atterro, nous sommes plusieurs à cogiter sec. Devons-nous
partir dans des conditions relativement musclées ?
Jean-Luc décide de partir dans une belle et large fenêtre
bleue autour des nuages chargés. Il monte au ciel sans enrouler
une seule fois ! Très haut. Il décidera d’atterrir
ensuite à St Clair. Ludovic part quelques instants après
: un plouf mémorable. Puis plus rien.
Ensuite, il revient mais cette fois de travers et très léger.
(ceci aurait dû nous avertir)
Les conditions changent à une vitesse !
Par moment, le vent revient de face et peut permettre un envol (quelle
erreur !)
Livier part : plouf !
Ce sera ensuite une succession de plouf pour les pilotes restants. Plus
rien (pas bon !)
Je décolle puis fait un virage pour tenter de gratter quelque chose
en revenant en dessous du déco. Je jette un coup d’œil
sur le déco et j’assiste à la plus grande fermeture
jamais vue : intégrale ; la voile se retrouve en torche. C’est
Fred. Elle se regonfle verticalement dans le sens de la falaise : il fonce
plein pot sur les rochers. Dans la manœuvre, il vire, se retrouve
satellisé comme dans un 36 engagé puis tombe en contrebas.
Affolement. Je gueule deux fois « crash au déco » à
la radio. Samir qui était en haut descend voir Fred et nous rassure
en nous annonçant qu’il va bien malgré les chevilles
douloureuses. Samir le fout quasi à poil pour une auscultation
complète. Le casque l’a bien protégé. On voit
nettement un impact dessus.
Que s’est-il passé ? Le vent s’est mis à tourner
au nord. Comme il avait faibli, cela nous a induit en erreur. On aurait
dû aussi lire plus attentivement le panneau au déco du Mt
Denier qui indique clairement « Attention à Courchon, par
vent du nord, la brise redresse la direction du vent, mais les rouleaux
à la sortie sont sévères ». Dommage cependant
qu’une indication aussi précieuse ne soit pas visible sur
le site même !
Plus tard, Sam et Pascal décolleront, histoire d’exorciser
le sort de Fred.
Tout le monde est récupéré en bas. Retour au camping.
A 21 h, nous voyons des voiles en l’air au Mont denier : l’école
Verdon Passion. Ni une ni deux, nous montons au déco. (entre le
moment du départ et l’arrivée sur le site, il faut
une heure). Plus personne. Mais la nuit tombe. Relais radio pour nous
assurer la lumière à l’atterro et Vincent qui nous
dirigera à la radio : à terre, les voiles se détachent
dans le ciel mais en vol, le pilote ne voit que du noir en dessous de
lui.
Voiture, lampes, four, torches de jonglage balisent le champ du camping.
Après avoir vérifié tant bien que mal le démélage
des suspentes, nous nous envolons dans le jour tombant les uns après
les autres. L’ambiance en vol me paraît irréelle. J’ai
l’impression de participer à je ne sais quelle mission impossible
dans un film d’aventure. Le vent relatif fait siffler mes suspentes.
La radio me réveille de temps à autre. L’horizon s’engouffre
dans mes pupilles dilatées. La douceur de fin de journée
m’enveloppe. Je glisse lentement vers les petites tâches de
lumière. L’ excitation disparaît et laisse place à
l’ivresse pure. Je ne veux pas atterrir ! Je suis le Jacques Mayol
du Grand Bleu qui ne veut pas remonter à la surface, installé
dans ma bulle en apesanteur, flottant dans l’air doux qui me caresse
le visage et les mains.
Une claque ! Le sol se rapproche. Je tournoie autour de notre arbre de
banquet et me pose dans le champ, ailleurs...
Un gros repas nous attend : brochettes et salades, arrosés de
vodka et de vin pour fêter cette journée haute en sensations.
Jeudi, il pleut toute la matinée. Nous nous rassemblons au gîte
de Venascles. L’après-midi, le soleil revient. Au Mt Denier,
La biroute est « post-coïtale » selon les propres termes
de Julien. De temps en temps, un petit cycle nous permet de décoller
sans courir comme des dératés dans la pente. Un biplaceur
de Verdon Passion s’envole avec un touriste. Pas longtemps, le parachute
de secours s’ouvre accidentellement à 10 mètres du
sol. Le posé se fait dans la caillasse en contrebas. Pas de blessures.
Mais le biplacé est tout blanc. Je les aide à extraire les
voiles emmêlées dans les fourrés. Nous décidons
d’un nouveau jeu : précision d’atterrissage. Au camping,
une botte de foin sur laquelle se trouve un ballon sera la cible. Je décolle
avec Samir. Les conditions sont favorables pour que nous puissions continuer
notre vol. Portés par des thermiques moyens, nous nous poserons
à St Clair. Vincent tente la botte. Touché ! Ballon dégagé.
Deux fois de suite, il fera le but.
Nous rencontrons Jérome Hulin de passage à Moustiers. Je
le vois s’envoler. Lui seul a le secret, ce n’est pas un des
meilleurs pilotes (sinon le premier) de Meurthe Et Moselle pour rien.
Tandis que tout le monde se bat péniblement pour garder quelques
mètres. Je le vois disparaître dans le ciel. Il a décidé
de faire la nique aux planeurs !
Les vols suivants, à force de gratter pour tenir, nous serons plusieurs
à nous poser hors-terrain (et le mot est faible). Pascal doit aimer
les lignes téléphoniques. Par deux fois, il souhaitera passer
un appel direct. Jean-Michel lui, son truc, c’est plutôt les
broussailles ! Faut pas fixer des yeux, sinon c’est l’embrassade
assurée.
Le soir, nous mangerons tous au gîte. Un moniteur de Verdon Passion
viendra nous voir pour s’expliquer sur les « accrochages »
verbaux survenus au déco du Mt Denier avec deux pilotes du club.
Les biplaceurs sont « naturellement » prioritaires. Nous le
savons. Ils ont un passager à charge. Il faut gérer le stress
et la responsabilité. De là à nous imposer un rayon
d’action d’un kilomètre autour d’eux et de se
faire traiter de tous les noms d’oiseaux en vol alors que nous n’avons
fait aucune erreur de priorités…les esprits s’étaient
échauffés. Tout est rentré dans l’ordre. Mea
culpa du biplaceur et à notre prochaine visite, nous ne manquerons
pas de nous rencontrer et de discuter afin de mieux gérer les vols
de tout un chacun.
Les filles nous ont concocté un spectacle de théâtre.
Tout le monde se sera reconnu. Il s’agissait d’une parodie
de « la vie des parapentistes » qui « boivent de la
bière », font le « nez » pour descendre, «
atterrissent sur les plages pour frimer et draguer » et «
se font fermer leur voile ». Des sketchs écrits et bien ruminés.
Le jeu était parfait. Tout le monde était en larmes.
Vendredi, nous partons à nouveau du Mt Denier. Les conditions
ne sont pas top…enfin pour tout le monde. Ploufs à gogo et
précision d’atterrissage. Jean-Michel réussi à
partir en transition pour se poser sur la plage du lac.
Les filles nous donnent un nouveau spectacle hilarant le soir. Musique,
alcool et essais de jonglage pour tout le monde. Pas de brûlures
avec les torches mais je trouve le moyen de me fouler gravement la cheville
en voulant sauter au-dessus (ce qui me vaudra deux mois de rééducation
chez le kiné). C’est le lendemain que je me rendrai compte
du « souci » lorsque je me suis levé de ma tente pour
retomber immédiatement. Samir me fera un strap avec bandages adhésifs.
Tellement réussi qu’en l’enlevant quelques jours plus
tard, je me suis retrouvé avec un mollet totalement épilé.
Samedi, quelques vols tranquilles en matinée et de doux vols de
restit en fin de journée. Pierre Sellier vient nous rendre visite
et nous fait partager sur son portable les superbes photos qu’il
a prises en paramoteur dans la région de l’Hérault.
Le lendemain, nous consacrons la journée à plier bagage
et nettoyer le camp.
Heureux ?! J’en redemande !!!!!!!!!
D’ailleurs, je pars dès ce soir pour une nouvelle aventure
à Moustiers. Nous sommes le vendredi 25 juillet. L’édition
2003 !
J’ai attendu un an jour pour jour pour faire ce récit. Aujourd’hui,
tous mes souvenirs sont revenus. C’est la magie de Moustiers et
la bande d’allumés que nous formions !!
Miltiade
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