Vol au-dessus d'un nid de Goniches

 

 

         Je me souviens d'un certain hiver 1999 où les Goniches (nom donné aux habitants de mon village : Villey St Etienne) pris d'une folie amicale se saluaient du toit de leurs maisons dans un climat d'entraide, au détriment des rues de notre village désertées de leurs occupants habituels.
De là à croire que d'élever les corps de quelques mètres contribue à l'élévation des âmes, je me plais à franchir ce pas, en dehors de toute considération spirituelle, je m'entends…
Fort de cette considération physique (pas métaphysique, j'insiste) et du constat que "tout corps plongé dans un liquide en ressort… mouillé", j'extrapole cette "vérité" en déclarant que "tout corps s'échappant à la gravité terrestre, s'éloigne de la gravité de ce monde".
Le ciel gonichois enrichi de ces bonnes âmes m'a paru ce jour là encore plus beau, ma passion pour le ciel ne date pas de ce jour mais elle n'en a été que renforcée !

Ah, ce ciel ! Source de tant d'envies et de croyances, fabuleux terrain d'aventures, espace privilégié pour le rêve laissant libre cours aux désirs de convoitise pour certains et de liberté pour d'autres, défi aux lois du rationnel pour nous, malheureux bipèdes soumis à cette apesanteur et dépourvus des organes nécessaires à son appréhension…
Dépourvus ? Pas tout à fait ! La force de l'Homme trouve justement toute sa puissance dans sa faculté d'adaptation et son imagination à pallier son manque d'attributs naturels.

Dans le domaine de l'air, un des aboutissements techniques issu tout droit des méandres du cerveau de ces quelques fous se présente à nos yeux sous la forme d'un bout de tissu, d'un harnais et de quelques fils pour relier le tout : j'ai nommé le parapente. Technique me direz-vous ? Ne vous fiez pas à l'apparence, des études très sérieuses ont permis cette réalisation et je n'ai pas la prétention de vous en expliquer les détails. Quoiqu'il en soit, il nous est enfin possible, depuis environ deux décennies de réaliser le vieux rêve d'Icare !
En toute modestie, cela va de soi, le vrai fou sera celui dont le désir sera celui de vaincre les éléments naturels, nous pouvons jouer avec et se faire plaisir mais avec toute l'humilité et la prudence qui s'imposent !

En général les massifs montagneux privilégient cette activité, mais sa pratique se fait également en plaine, où l'apport d'un moteur permet au parapente de s’élever sans dénivelé.
J'en arrive à mon village qui a vu planer dans son ciel, ces temps derniers, un étrange volatile qui, de ses couleurs flamboyantes, nous a salué du haut de son perchoir invisible.
Ce bel oiseau est un ami, Etienne Parent pour ne pas le nommer, il m'a laissé un souvenir d'un de ses passages au dessus de mon village, la vie n'est-elle pas belle vue d'en haut ?


Livier Ritz

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19 février 2003