"Air Canaries"
          Par-delà les hublots...

          Février 2002, décollage du vol LUXAIR Luxembourg - Ténérife Sud vers 6h05 du matin… dur ! La première partie du vol se fait dans l'obscurité, mais de toute façon la couverture nuageuse sur la France est telle qu'il n'y a vraiment rien à voir.
Près de deux heures après avoir quitté le sol nous franchissons d'un coup d'aile les Pyrénées au niveau du pays basque. La frontière naturelle émerge majestueusement des brumes, dans toute sa splendeur matinale. Un petit serrement de cœur : souvenirs…
Plus tard une cordillère orientée Nord/Sud apparaît, alors que le soleil émerge déjà largement de l'horizon : la Sierra de Ségura, coiffée du pic arrondi d'El Yelmo (le haume) bien connu des parapentistes (1809m) . La vue est saisissante. A la pointe Sud des sierras on distingue même le passage du col de Puerto de Tiscar qui ouvre la route vers le Sud-Est quand on désire rejoindre au plus court le site du massif du Jabalcon (1492m), au bord du lac de Zujar. Bien qu'à 12000m d'altitude, et éloignés d'environ 100km latéralement, on distingue très bien ce massif modeste isolé magnifiquement dans les plaines arides de Baza. Le lac, perdu dans le brouillard des stratus bas est invisible. Le Jabalcon a largué les amarres et semble flotter dans une mer blanchâtre sous laquelle on devine un paysage encore sombre. Bien sûr la masse énorme de la Sierra Nevada surmontée du pic de Mulhacen (3482m) arrive bientôt, avec sa forme caractéristique allongée vers l'Est. Nous passons bien à l'ouest de Grenade, invisible dans le lointain laiteux.
La perspective du flanc sud du massif apparaît ensuite et on distingue même la séparation tranchée par le rio Gadalfeo (atterrissage connu) entre le coté Orgiva (village au pied de sites de parapente bien connus) et le coté Sierra de Lujar (les antennes), dernier relief important avant la mer (un site parapente pour un vol de 15 km et poser sur la plage de Castell de Ferro). Les antennes sont invisibles à cette distance, même aux jumelles, mais c'est évident, il s'agit bien de ces deux sites célèbre (pour nous) d'Andalousie… souvenirs encore ! Le pilote nous signale que nous passons à la verticale de Séville, et on distingue bien la ville, qui passe très vite. Logiquement je devrais apercevoir à une centaine de kilomètre de distance le massif du village blanc de " Valle de Abdalajis " bordé de son lac…un paradis pour libéristes. Oui ! je le vois, avec au Nord la sierra qui longe les plaines de la merveilleuse bourgade d'Antequera, si riche en architecture ancienne. Enfin bon, en tout cas ça y ressemble, mais je n'en jurerais pas, nous avons le soleil dans les yeux, dommage ! Bientôt arrive le rocher de Gibraltar (déformation phonétique de " montagne de Tarick ", le fameux conquérant berbère: " Djebel Tarick "), et la mer.
Le détroit paraît ridiculement … étroit, alors qu'il a la lourde tâche, ingrate, de séparer le monde des nantis de celui des miséreux, pour notre tranquillité. Les côtes marocaines sont bien visibles, mais nous nous écartons franchement des terres africaines pour dévier plus à l'Ouest, cap sur l'archipel des Iles Canaries. Les cargos qu'on voyait converger vers Gibraltar disparaissent vite, microscopiques. De l'eau jusqu'à apercevoir Lanzarote, dont on reconnaît la forme allongée. Nous sommes presque arrivés et l'avion entame bientôt une longue courbe descendante vers Ténérife, droit sur l'aéroport " Reina Sofia ", où nous nous posons vers 10heures 30mn. Un vol magnifique qui a comblé ceux qui savaient regarder par les hublots, et recadrer leurs longues pérégrinations automobiles de fourmis humaine sur le canevas aux mailles démesurées des voyages en avion de ligne. Un spectacle divin que la plupart des passagers a ignoré au profit des nouvelles du jour couchées sur les quotidiens qu'on nous avait distribué gratuitement en début de vol pour tromper l'ennui. L'ennui ? Quel ennui ?

A l'aéroport, comme d'habitude, les alizés soufflaient fort (20 à 40km/heure en moyenne) à la grande joie des windsurfers regroupés au village d'El Médano. Mais nos parapentistes furent heureux aussi, car sous le vent de l'île de magnifiques vols sont possibles toute l'année pour qui connaît bien l'aérologie délicate des lieux. A faire absolument !

Jean-François Pouzadoux