Une aile dans les fils

          C'était dimanche il y a 3 semaines (ndlr : 16 juin 2002). Après un plouf mémorable, je ne savais pas qu'on pouvait voler si peu de temps en partant du Treh, je suis aller déjeuner avec ma femme dans un petit resto sympa de Wildenstein. Truites du vivier, jambonneau confit et Edelswicker, tout n'est jamais perdu.

Vers la fin du repas, je m'étonnais auprès de mes voisins de table, des motards bien accompagnés, de voir de nombreuses ailes déboucher des collines au dessus de nos têtes descendre la vallée, bien près des arbres et surtout du fond de vallée. Qu'est ce qu'ils foutent par ici avec un vent dans ce sens là ? que je m'interrogeais...
Evidemment, ca n'a pas loupé, nous en étions avec Anne Marie au café quand deux ailes sont passées juste au dessus de notre auberge pour se poser à 50 mètres de là, guère plus, derrière des habitations.
Après, ca va très vite. Moi " quels cons !". Au dessus des toitures rouges, un petit nuages fugace et bleuté. ma femme au garçon " comment ça, plus de café !". Le garçon, avec l'accent du coin " On ne peut pas prendre la carte, la machine ne marche pas". Vous avez compris, une voile s'était posée (enfin, quand je dois "posée") dans les moyennes tensions non protégées qui remontent la vallée.

On paye, en liquide, heureusement que j'ai une ceinture ad hoc. Et on va voir le site, histoire d'assouvir ma curiosité naturelle de mammifère dominant de la planète (pas "malsaine" la curiosité, je suis concerné, et vous aussi, il y a toujours quelque chose à apprendre non ?). Les photos sont jointes. rassurez vous, la sellette est intacte.
Terrible hein, de voir ce qu'il reste d'un si bel oiseau, une aile compet' a je ne sais combien ! Hé ben oui, c'était une compétition groupe B, avec un pilote qui voulait grappiller quelques points pour passer je ne sais quel obscur brevet. Bon, je n'en suis pas resté là. J'ai un peu aidé à sécuriser la zone, échangé avec les badeaux, tenté d'expliquer la chose, leur faire comprendre que le parapente, ce n'est pas ca, les accidents, ca arrive mais on est pas tous des tarés casse cou, faut pas empaler tout les parapentistes pour autant Messieurs dames, c'est pas un sport de têtes brûlées, d'ailleurs regardez moi j'ai une femme et deux filles... etc etc.

J'ai vu Madame le maire de Wildenstein, charmante, et beaucoup plus sympa que ce qu'on en avait raconté. Elle venait de vider deux extincteurs.
J'ai causé avec les pompiers. Il y en avait un complètement fasciné par l'accident. Pourtant, il devait en avoir vu d'autres... C'est peut être celui qui s'est le mieux rendu compte des risques encourus par le pilote.
J'ai aussi croisé le type de l'EDF. Intéressant. Il m'a dit que le courant disjoncte aussitôt qu'il y a un faux contact (heureusement, comme chez nous), mais qu'il se remet automatiquement ensuite (désolé, je n'ai pas le délais). A la troisième fois pourtant, il ne se rejoncte pas et il faut une intervention humaine d'où sa présence. J'ai bien sur eu confirmation que lors d'un fil à terre (ce qui n'était pas le ca ici), la distance de sécurité est de 50 m. La différence de potentiel (faut pas confondre pote en ciel et copains parapentistes) entre les deux pieds est dangereuse.

Bref, ca fait réfléchir, si besoin était. En vrac, prise de risques, estimation du posé, vent, stratégie de compet' ou cross etc... Au fait, on m'a demandé le prochain sujet du Bac philo, j'ai bien envie de proposer " Le cross en parapente fait l'habile synthèse entre la stratégie globale car météorologique et une tactique aérologique aléatoire". Qu'en pensez vous ?

Au fait, je ne vous fait plus mariner, le pilote va bien (il retourne sur Paris). Enfin, vu comme ca. J'y ai aussi causé. Après l'événement, l'éclair et tout, j'imagine que l'amour propre et l'instinct de conservation en prennent un coup, même si le premier n'a pas d'autorisation de vol (c'était peut être sa seule erreur ?). Le second est notre co pilote de tous les instants. A bon entendeur, salut à tous et à bientôt sur les sites.

Frédéric Moutarde